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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 13:47

Goldman Sachs avait échangé de la dette grecque à un taux fictif en 2001, permettant à Athènes de maquiller ses comptes publics. Aujourd'hui le pays fortement endetté doit 600 millions d'euros à la banque américaine.

Copyright Reuters

Le coup de main de Goldman Sachs à la Grèce pour maquiller ses comptes lui aura rapporté quelque 600 millions d'euros, révèlent Nick Dunbar et Elisa Martinuzzi, dans un article de l'agence Bloomberg. Les deux journalistes ont recueilli les confessions de Christoforos Sardelis, chef du bureau de gestion de la dette à Athènes entre 1999 et 2004, et de son successeur Spyros Papanicolaou. Pour la première fois, l'accord qui a lié la banque d'investissement à l'Etat grec dès 2001 est évoqué publiquement par des personnes directement impliquées dans le dossier.

En 2001, la Grèce et "la firme" se sont entendus pour échanger de la dette grecque à un taux de change fictif afin de réduire de 2% l'endettement hellène. Le gouvernement grec doit alors 600 millions d'euros à Goldman Sachs, en plus des 2,8 milliards empruntés. Ces 600 millions d'euros ont représenté 12% des 6,35 milliards de dollars gagnés par Goldman Sachs au titre de ses principaux investissements en 2001.

"Une histoire sulfureuse"

Mais le produit dérivé utilisé pour dissimuler l'opération et vendu par la banque américaine a fait bondir la dette du pays européen envers la banque d'investissement. De quelque 2,8 milliards d'euros en 2001, elle a presque doublé à 5,1 milliards d'euros en 2005.

"L'accord Goldman Sachs est une histoire sulfureuse entre deux pécheurs", a commenté Christoforos Sardelis, en place en 2001 lorsque la prestation a été vendue. L'accord lui paraissait alors correct pour son pays. "Mais après le 11-septembre 2001, nous avons réalisé que la formule n'était pas la bonne", a-t-il expliqué. La chute du marché obligataire suite aux attentats a fortement pesé sur les remboursements. Et la révision de l'accord en 2002 qui basait désormais les remboursements sur un indice relié à l'inflation dans la zone euro a fait exploser la dette.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 22:37

Fitch Ratings a baissé vendredi la note souveraine de la France d'un cran à "AA" contre "AA+" auparavant en l'assortissant d'une perspective stable.

L'agence de notation précise dans son communiqué que la croissance du pays devrait cette année être inférieure à la moyenne de la zone euro et ce pour la première fois depuis quatre ans.

Fitch ajoute que la faiblesse de l'économie française met en péril les perspectives à la fois de consolidation budgétaire et de stabilisation du ratio d'endettement public.

L'agence de notation avait placé la note à long terme "AA+" de la France en "rating watch negative" le 14 octobre.

Dans une note diffusée vendredi matin, les économistes de Société générale estimaient que l'impact sur le marché d'une éventuelle dégradation "devrait être limité".

L'agence Moody's a quant à elle maintenu le 19 septembre la perspective négative sur la note "Aa1" qu'elle donne à la France, soit la deuxième meilleure note.

Standard and Poor's a pour sa part baissé la note de la France une première fois en janvier 2012 et une deuxième fois en novembre 2013, à "AA". L'agence a révisé la perspective de stable à négative le 10 octobre.

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 18:03

La zone euro ne survivra pas à l’année 2015 – Jacques Sapir

La Commission européenne a provisoirement validé le projet de budget 2015 présenté par la France, modifié dans le sens d’une accentuation de la réduction des déficits. La décision finale sera prise au printemps 2015 au moment où la France aura satisfait les exigences de la Commission européenne.

Comment le fera-t-elle, si elle ne l’a pas fait depuis l’élection de François Hollande au poste de Président de la République en 2012 ? Aujourd’hui, la dette publique représente près de 95% du PIB, chiffre qui dépasse considérablement les 60 % demandés par l’Union européenne. De même avec le déficit public de 4,4 % contre maximum 3 % autorisés. Nous avons invité à débattre cette question le directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le politologue Jacques Sapir.

Spoutnik.Que pensez-vous du projet de plan budgétaire 2015 de la France compte tenu de la situation économique actuelle au sein du pays et dans la zone euro ?

Jacques Sapir. Le projet de budget qui est en train d’être voté par le Parlement français et qui est aujourd’hui pratiquement finalisé ne correspond absolument pas aux besoins de l’économie française. Il est clair que dans ce projet de budget vous avez, à la fois, une insuffisance de l’effort de l’Etat en matière d’investissement et vous avez un excès de pression fiscale, en particulier, sur les ménages et sur les petites et moyennes entreprises. La combinaison de ces deux facteurs va être extrêmement perverse sur les résultats de l’économie française.

Spoutnik.La Commission européenne a rendu son avis sur les projets de budget 2015 des pays de la zone euro. Quant à la France, elle n’a pas constaté de « manquement grave », mais elle craint que le projet budgétaire présente un risque de non-respect des règles du pacte de stabilité et de croissance, qui prévoit un déficit public inférieur à 3% du PIB et une dette publique sous les 60% du PIB. Comment pourriez-vous commenter ce pronostic de la politique économique de la France ?

Jacques Sapir. Effectivement, la Commission européenne fait une observation très juste : le projet de budget est compatible avec une croissance relativement forte, la croissance qui est prévue est de l’ordre de 1,2 %. Il est tout à fait clair que jamais la France ne pourra avoir en 2015 cette croissance. Donc, la Commission européenne met en garde, évidemment, le gouvernement français contre le fait que les objectifs de déficit ne seront pas tenus. De ce point de vue, elle a raison.

Mais de l’autre côté, il faut comprendre que le projet de budget de la France essaie de faire un équilibre entre, à la fois, le besoin de stabiliser le déficit budgétaire et la nécessité de relancer l’économie et, d’une certaine manière, de développer la dépense publique. Ici, on se retrouve avec une contradiction qui est propre à la Commission européenne. La Commission européenne voudrait, à la fois, que l’Europe se développe, mais elle impose des politiques budgétaires qui, au contraire, vont plonger l’Europe dans la récession.

A partir de là, on peut dire que, bien sûr, ce que propose la Commission européenne n’est pas juste, même si elle fait des observations justes, sur le budget de la France. Fondamentalement, la seule manière pour la France de retrouver une forte croissance et, à terme, évidemment, d’avoir un espoir de consolider et de stabiliser son budget et de réduire fortement son déficit, le seul espoir serait une amélioration très forte de la compétitivité de l’économie française qui passe, en réalité, par une sortie de la zone euro et par une dévaluation massive du franc retrouvé dans cette nouvelle situation monétaire.

Spoutnik.Est-il vraiment possible que la France sorte de la zone euro et, par conséquent, de l’Union européenne ?

Jacques Sapir. Il y a deux problèmes. Faut-il sortir de la zone euro ? Oui, bien sûr. Je pense que la zone euro ne survivra pas à l’année 2015. Maintenant, faut-il sortir de l’Union européenne ? S’il s’agit de l’Union européenne telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, c’est probable. A partir du moment où la zone euro n’existera plus, l’Union européenne elle-même sera largement modifiée et, dans ce cas-là, on peut parfaitement estimer que la France pourrait rester dans une Union européenne largement modifiée.

Spoutnik.Vous évoquez, plutôt, des démarches à long terme, mais pour revenir à court terme, qu’est-ce que la France pourra faire maintenant pour réconcilier, d’une part, un projet de budget qui n’est pas compatible avec ses besoins et, d’autre part, avec ce que lui demande la Commission européenne ?

Jacques Sapir. C’est tout le problème ! La France, ou elle donne satisfaction à la Commission européenne et elle rentre en récession, ou elle ne donne pas satisfaction à la Commission européenne et elle maintient une croissance très faible voire une espèce de stagnation, mais elle voit ses déficits exploser. En réalité, elle ne peut ni donner satisfaction à la Commission européenne, ni relancer sa croissance tant qu’elle reste dans la zone euro.

Tant que les hommes politiques n’auront pas pris conscience de cette contradiction de l’économie française et ne reconnaîtront pas la réalité de cette contradiction, ils seront amenés à connaître des positions de basculement, un jour, plus d’austérité, puis, immédiatement, regardant les conséquences de cette austérité, faire de la relance, cette relance recreuse les déficits, il s’agit de la balance commerciale ou du déficit du budget, donc, on revient à l’austérité. D’une certaine manière, on parcourt le cercle des différentes politiques économiques possibles à toute vitesse et on revient toujours à son point de départ.

Commentaire. A l’origine, la création de la zone euro n’était pas un choix économique, mais politique. Dans les années 1989-1991, François Mitterrand voulait utiliser la puissance monétaire de Bundesbank de façon à ce que cela permette à l’Hexagone d’exercer une influence prépondérante. Comme la monnaie unie était la condition de la France pour la réunification allemande après la chute du mur de Berlin, le pays a accepté. 20 ans plus tard, le rôle de l’Allemagne a changé, ainsi que la situation économique en Union européenne. Surévaluation, baisse des salaires et de la croissance, divergences économiques entre Etats membres, impossibilité d’ajuster les déséquilibres commerciaux : la monnaie unique présente une catastrophe économique pour tous les Etats membres, surtout, pour les économies dites « à risque ».

En tant que membre de la zone euro, la France ne peut pas régler ses problèmes par elle-même, mais doit se résigner aux standards et aux exigences souvent dictés à la Commission européenne par la « locomotive allemande ». Ainsi, pour éviter une récession profonde, le pays doit soit influencer la politique allemande, soit rétablir sa souveraineté monétaire.

La France ne serait pas la première à revenir à la monnaie nationale. A l’époque où les pays de l’Union européenne ratifiaient le traité de Maastricht, la Tchécoslovaquie prenait le sens inverse. Après avoir partagé une même monnaie pendant plusieurs années, deux Etats, tchèque et slovaque, ont choisi d’introduire des monnaies nationales distinctes. La situation actuelle rappelle cet exemple de 1993. Car les économies « à risque » de la France, de l’Espagne et de l’Italie ne pourront éviter une catastrophe qu’en menant des politiques monétaire et budgétaire indépendantes, adaptées aux réalités économiques différentes des pays du continent européen. Quant à l’euro, il pourrait déborder du cadre européen et constituer un concurrent du dollar.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 22:39

Reuters

Les investisseurs pensent que la zone euro connaîtra la déflation dans l'espace d'un an, suivant un important indicateur de marché, une pression supplémentaire imposée à la Banque centrale européenne (BCE) pour qu'elle prenne de nouvelles mesures de stimulation économique.

LONDRES (Reuters) - Les investisseurs pensent que la zone euro connaîtra la déflation dans l'espace d'un an, suivant un important indicateur de marché, une pression supplémentaire imposée à la Banque centrale européenne (BCE) pour qu'elle prenne de nouvelles mesures de stimulation économique.

Les anticipations d'inflation sont plombées par la baisse des cours du brut, qui ont atteint lundi un plus bas de cinq ans et sont en retrait de 40% depuis juin, conséquence essentiellement d'une offre surabondante. MKTS/GLOB

Le taux de swap inflation à un an était à -0,0175% lundi, selon la société de courtage BGC Partners.

L'inflation annuelle de la zone euro a été de 0,3% en novembre, bien en deçà de l'objectif de la BCE qui est d'un petit peu moins de 2%.

Naxitis estime que si les cours pétroliers restent autour de leurs niveaux actuels, la zone euro sera en déflation en février. Cyril Regnat, stratège taux fixe de la banque française, pense que la BCE assouplira encore sa politique jeudi. "Il serait très, très étonnant qu'on n'ait rien jeudi compte tenu du fort désancrage des anticipations d'inflation", dit-il.

D'autres stratèges pensent que la BCE annoncera de nouvelles mesures jeudi, comme des achats d'emprunts d'entreprises ou une réduction du coût de ses prêts déjà très généreux aux banques. D'autres estiment qu'elle ne fera rien, voulant observer les retombées des mesures déjà annoncées.

La BCE normalement ne se soucie guère de l'évolution des cours pétroliers mais certains de ses responsables sont inquiets de la situation des anticipations inflationnistes, ce qui a changé la donne.

"En principe, une baisse des prix pétroliers serait une bonne nouvelle pour l'économie mais dans la zone euro, l'inflation est presque nulle et c'est une mauvaise nouvelle pour la BCE qui tente d'ancrer les anticipations d'inflation", observe Jan von Gerich, stratège de Nordea.

Des opérateurs du marché monétaire interrogés par Reuters pensent que la BCE observera le statu quo jeudi.

La BCE pourrait décider dès le premier trimestre de l'année prochaine s'il y a lieu de lancer un programme de rachat d'emprunts d'Etat, avait déclaré la semaine dernière son vice-président Vitor Constancio.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 13:28

L'OCDE pointe les fragilités de la zone euro, une croissance poussive et le risque de déflation. Et table sur une hausse du PIB de 1,1% en 2015 après 0,8% cette année et 1,7% en 2016.

La faible et inégale reprise économique en Europe inquiète. Dans ses nouvelles perspectives économiques, présentées ce mardi, l'Organisation pour la coopération et le développement économique pointe les fragilités de la zone euro, une croissance poussive et le risque de déflation. «Si certains pays ont relancé plus rapidement la machine grâce à des réformes d'envergure, la zone euro pose un risque majeur pour la croissance mondiale avec un chômage qui reste élevé et une inflation toujours très loin de la cible», écrit la nouvelle chef économiste, Catherine Mann, en préambule.
La croissance des Dix-Huit devrait s'améliorera progressivement sur les prochains trimestres, note l'OCDE, tablant sur une hausse du PIB de 1,1 % en 2015 après 0,8 % cette année et 1,7 % en 2016. Même tendance sur le front de l'inflation: après 0,5 % et 0,6 % sur 2014 et 2015, le taux devrait atteindre 1 % en 2016.

L'Allemagne, poids lourd de la zone euro très dépendant de la dynamique externe, souffre de l'atonie de ses partenaires traditionnelles en Europe et d'une moindre demande des pays émergents, en premier lieu de la Chine. La locomotive allemande, suivant la tendance générale, accélérera courant 2015 et surtout en 2016 avec une hausse du PIB attendue de 1,1 % et 1,8 %. «A l'appui, le marché du travail plus robuste et une politique monétaire très expansionniste qui vont doper la consommation privée et l'investissement résidentiel», souligne le rapport.

Rachat de dettes publiques

Une nouvelle fois, l'OCDE plaide pour des réformes structurelles, indispensables pour doper la croissance, surtout visant à renforcer la croissance potentielle et améliorer l'emploi. Autres leviers clés, la politique budgétaire et l'assouplissement monétaire des banques centrales. «Dans la zone euro, un soutien monétaire plus intense est clé pour la croissance et aussi face à une inflation plus faible, voire une déflation», souligne l'économiste en chef. Est-ce à dire que Mario Dragui doit déclencher le bazooka, et autoriser le rachat de dette publiques…

Sur le front budgétaire, il faut trouver un savant dosage dans les efforts d'ajustement, assurer la soutenabilité des finances publiques sans trop peser à court terme sur la croissance et la confiance, facteur clé de la reprise.» Dans le cadre du pacte budgétaire, les pays de la zone euro doivent ralentir le rythme de consolidation structurelle afin de limiter l'impact sur la croissance», note le rapport.

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 11:59

INTERVIEW - Faillite en Irlande, mouvements de rue en Grèce et en Espagne, inquiétude en France: l'euro s'est révélé un fardeau intolérable pour nombre d'économies européennes, estime l'économiste Jean-Jacques Rosa, qui recommande une dévaluation de la monnaie unique et un retour au franc.

«L'euro a été soutenu de bout en bout par une coalition de dirigeants politiques, d'élites administratives, de responsables du grand patronat, parce que toutes nos industries européennes sont le plus souvent cartellisées» souligne l'économiste Jean-Jacques Rosa.

LE FIGARO. - Peut-on dire que la France est en partie malade de l'euro?

Jean-Jacques ROSA. - Oui, car vous ne pouvez pas appliquer la même politique monétaire, c'est-à-dire le même taux de change et le même taux d'intérêt, à des économies dont les trajectoires et les structures sont différentes. Notre économie n'évolue pas de la même façon que celle de la Grèce ou de l'Allemagne: les taux d'inflation divergent, les phases conjoncturelles ne coïncident pas, et il n'y a pas de taux de change idéal et unique, globalement applicable.

Le taux de change détermine vos exportations et vos importations, il est lui-même lié aux taux d'intérêt, et si vous n'avez pas le bon change par rapport aux conditions de votre économie, cela pénalise votre croissance. Tel est le point fondamental. La monnaie unique est un fiasco pour les économies nationales qu'elle a privées d'un amortisseur de crise essentiel dans les remous de la grande récession. Les eurosceptiques ont donc eu raison sur toute la ligne en cernant les nuisances à venir de la monnaie unique, mais la victoire de la raison a quelque chose d'amer.

Déplorez-vous qu'une politique d'intégration de l'Europe n'ait pas précédé sa construction économique ?

La politique peut corriger les inconvénients d'une même monnaie appliquée à des économies différentes. Aux Etats-Unis, par exemple, où le Massachusetts ne fonctionne pas comme le Texas, l'appareil étatique fédéral et l'impôt fédéral font que, lorsque le Texas est en plein boom, les rentrées fiscales provenant de cet Etat permettent de subventionner le Massachusetts qui est en récession. Les Etats-Unis peuvent donc supporter une monnaie commune qui, idéalement, ne convient pas à la fois au Texas et au Massachusetts, mais les transferts fiscaux permettent d'amortir le choc. Nous n'avons pas cela en Europe.

Faut-il des Etats-Unis d'Europe? C'était l'objectif des fédéralistes, mais une telle construction n'est pas possible pour des raisons de fond. Les Etats-Unis se sont constitués au XIXe siècle, dans un contexte d'impérialisme et d'extension territoriale des nations. Un siècle et demi plus tard, et particulièrement depuis la révolution de l'information des années 1970-1980, nous observons l'exacte tendance inverse. L'Empire soviétique a éclaté. Les nations se fragmentent, on l'a vu en Europe de l'Est, et les nations qui ne comportent que quelques millions d'habitants sont le plus souvent prospères. Ainsi des pays nordiques, de la Suisse, du Canada ou de la Nouvelle-Zélande. Grâce à l'ouverture des marchés mondiaux et à la révolution de l'information, au lieu d'être un handicap, la petite dimension est devenue un avantage. Et les plus petits pays sont nécessairement plus ouverts au commerce extérieur. Dans un monde de libre circulation, même si elle vient d'un tout petit pays, une entreprise peut se développer et vendre sur tous les marchés de forts volumes à faible coût.

Une Europe fédérale aboutirait donc, selon vous, à une régression ?

Regardez l'Histoire: après la Première Guerre mondiale, dans une économie où les marchés étaient fragmentés et le protectionnisme de règle, le calcul économique consistait à dire: puisqu'il n'y a plus d'accès à un marché mondial, nous devons avoir notre grand marché impérial. Telles ont été les politiques de la Grande-Bretagne et de la France. Ces temps-là sont révolus. Il vaut mieux vendre partout dans le monde plutôt que de se limiter à un sous-ensemble régional.

À qui profite l'euro ?

Je me suis posé cette question dès l'écriture de L'Erreur européenne, en 1998, alors que la monnaie unique n'était encore qu'à l'état de projet. C'était un tel contresens économique! Pourquoi tous ces gens de gouvernement, fort intelligents, ont-ils choisi de s'engouffrer dans cette nasse? Il s'agissait à l'époque d'obliger les Européens réticents à construire un super-Etat, par l'artifice technique de l'union monétaire qui les contraindrait tôt ou tard à accepter aussi l'union budgétaire, et donc un Etat fédéral. Certains milieux patronaux ne sont pas demeurés en reste. L'euro a été soutenu de bout en bout par une coalition de dirigeants politiques, d'élites administratives, de responsables du grand patronat, parce que toutes nos industries européennes sont le plus souvent cartellisées.

L'intérêt d'un cartel est de fixer les prix ensemble, pour supprimer ainsi la concurrence, hausser les tarifs et dégager des profits plus importants. Le mouvement, élargi à l'Europe, est clair: un cartel national fonctionnera sans grand problème dans un espace fermé, sous la houlette d'autorités professionnelles adéquates. Mais dès que l'on ouvre les frontières, on se trouve aux prises avec des concurrents qui ne jouent pas le même jeu. D'où la tentation de reconstituer un cartel dans une zone plus large, avec ces nouveaux concurrents. Se pose alors le problème du contrôle des prix convenus. Si le taux de change bouge chaque jour, la tâche devient complexe. Il faut renégocier en permanence, alors que si vous supprimez les variations de change, tout redevient simple, comme à l'intérieur d'une seule économie nationale. La volonté de reconstituer le cartel industriel au niveau européen fonde la volonté de supprimer toute variation de change. Les Etats, finalement, considérés comme des entreprises, sont dans la même situation...

Cette simplification que vous reconnaissez n'a-t-elle pas des aspects positifs ?

Cela dépend pour qui ! Positifs assurément pour les cartels qui augmenteront leurs profits, mais certainement pas pour tous les autres joueurs: les cartels font monter les prix et contractent les volumes de production aux dépens des citoyens et des consommateurs. «Les gens d'une même profession, observe Adam Smith dans La Richesse des nations,ne se rencontrent que rarement, même pour s'amuser ou se distraire, sans que leur conversation n'aboutisse à quelque collusion au détriment du public...»

Manière élégante de faire du populisme...

Mais il arrive que le populisme ait raison. Il peut certes devenir outrancier et préconiser de fausses solutions, mais il reste qu'en démocratie écouter le peuple est le principe fondamental.

Le peuple va-t-il pour autant réclamer la suppression de l'euro ?

Je ne le pense pas dans l'immédiat, parce qu'il faut d'abord comprendre qu'une très large part de nos difficultés provient de cette erreur économique majeure, ce qui nécessite une assez bonne connaissance des mécanismes monétaires. Mais il n'est pas nécessaire d'être un expert pour sentir que quelque chose ne va pas et comprendre que nous faisons fausse route.

Que répondez-vous aux économistes qui voient dans l'abandon de l'euro une porte ouverte sur l'apocalypse ?

L'Etat et les entreprises ayant des dettes libellées en euros détenues à l'étranger, sortir de la monnaie unique et dévaluer le nouveau franc soutiendrait l'activité mais majorerait le poids de cette dette, exprimée désormais en francs. Les charges des contribuables et des entreprises en seraient alourdies, ce qui, en sens inverse, ralentirait la croissance. On pourrait alors envisager de ne rembourser ces dettes que pour partie (un défaut partiel de paiement), mais alors les créanciers internationaux ne nous feraient plus confiance, d'où difficulté accrue de trouver du crédit à l'étranger. Les taux d'intérêt augmenteraient, ce qui pénaliserait les finances publiques et l'activité des entreprises.

Tels sont les principaux arguments des tenants de la monnaie unique. À cela deux réponses: en abaissant le coût de nos produits à l'étranger, la dévaluation stimulera la croissance, et nous donnera par conséquent davantage de moyens pour le service de la dette.

La seconde réponse est conditionnelle: dévaluer l'euro préalablement à l'instauration d'un nouveau franc nous procurera tous les avantages de la dévaluation, mais sans majorer la dette extérieure. En effet, il ne sera plus nécessaire de dévaluer le nouveau franc après la sortie de l'euro, puisque la dépréciation de ce dernier aura déjà reconstitué notre compétitivité. Il n'y aura donc pas de nécessité de dévaluer le franc proprement dit, ni par conséquent de majoration de la dette extérieure.

La solution est là: dévaluer la monnaie unique pour en sortir ensuite sans dommages. Ce n'est nullement une utopie. Aujourd'hui, l'euro vaut à peu près 1,42 dollar. Lorsqu'il a été créé, c'était à parité: un dollar contre un euro. Il est même tombé à un moment à 0,85. Abaisser son prix en dollars n'est donc pas impossible à réaliser.

Comment expliquez-vous alors le dogme si souvent réitéré d'une monnaie forte ?

À quoi sert une monnaie forte sinon à abaisser le coût des emprunts à l'étranger? Avec une monnaie forte, les prêteurs se disent qu'ils ne seront pas volés au moment du remboursement, si bien qu'ils n'exigent pas de taux d'intérêt élevés. En revanche, avec une monnaie faible, les prêteurs exigeront des taux majorés pour compenser par avance une éventuelle perte de capital. La conclusion à en tirer est qu'une monnaie unique et forte est une redoutable machine à emprunter parce qu'elle abaisse le coût de l'emprunt. Le cas espagnol illustre parfaitement l'aspect pervers de cette facilité. Avec 6% d'inflation environ dans le pays et un taux d'intérêt fixé par la BCE à 2%, les ménages et investisseurs locaux empruntent au taux réel de -4%. D'où une frénésie d'investissement immobilier qui a provoqué un déséquilibre complet de l'activité nationale et de la position patrimoniale des emprunteurs. Ils sont allés beaucoup trop loin, puisqu'ils étaient subventionnés pour emprunter...

Globalement, au niveau européen, il ne faut pas non plus se cacher que ces facilités de financement ont exonéré certains gouvernements des efforts nécessaires en termes de réformes structurelles et de réduction des dépenses. Au lieu d'imposer une libéralisation de l'économie, l'euro a encouragé le statu quo et a paralysé les réformes véritables.

La France peut-elle concrètement retourner à une monnaie nationale ?

Tous les pays issus du démembrement de l'URSS l'ont fait. Du rouble, ils sont passés à des monnaies nationales. Dans les années 1990, après la scission de la République tchèque et de la Slovaquie, j'ai posé la question au président tchèque Vaclav Klaus de la difficulté de créer ainsi sa propre monnaie. Il m'a répondu en exactement deux mots: «Une semaine»... En une génération, une soixantaine de pays sont sortis d'une union monétaire. Aussi, lorsqu'on nous présente cette proposition comme une sorte d'horrible et exceptionnel fantasme, il faut bien prendre conscience qu'elle n'a rien que de très banal. Aujourd'hui, la monnaie est essentiellement scripturale, concrètement, des comptes en banque. Du jour au lendemain vous décrétez que votre compte de 3000 euros est désormais de 3000 francs...

À quoi correspondra exactement cette équivalence entre l'euro et le franc ?

Chez le boulanger, la baguette qui était à un euro, passera à un franc - à quoi cela sert-il? A restaurer la compétitivité internationale de nos entreprises. Cela se fera soit après une dévaluation de l'euro, comme je le préconise, avec de réels effets sur les importations, les exportations et la croissance, ou bien après la recréation du franc. Dans ce dernier cas, nous pourrons aussi en profiter pour rétablir notre compétitivité non seulement vis-à-vis des pays tiers, mais aussi vis-à-vis de l'Allemagne. Ce qui ouvrirait enfin de réelles perspectives de retour à une croissance soutenue dans un pays où l'exportation représente un tiers environ de l'acti vité totale. Le résultat de la sortie de l'euro ne peut qu'être positif, tant pour la croissance que pour notre capacité de remboursement de la dette, qui repose au bout du compte sur l'accroissement du revenu national.

Dans votre livre vous posez la question: comment tout cela va-t-il se terminer ?

Mal pour l'euro, j'imagine, mais les configurations potentielles des choix de chacun des 16 partenaires de la zone - entre sortie isolée et maintien dans un groupe restreint - sont trop nombreuses pour que l'on puisse deviner à l'avance le scénario le plus probable. Néanmoins, il y a urgence. L'euro étant surévalué par rapport au dollar, les industries françaises sont pénalisées par rapport à tous les pays dont la monnaie est liée au dollar. Nous sommes aussi surévalués par rapport à l'Allemagne, sans possibilité aucune de correction par le change. Cela fait beaucoup de handicaps pour nos exportateurs et nos industries concurrencées par les importations.

L'urgence n'est-elle pas plus pressante encore pour les PIGS ?

Avec des inflations plus élevées que la nôtre - et surtout que l'allemande -, une compétitivité fortement dégradée, des problèmes aigus de dette, certains de ces pays vont sortir très probablement de la zone euro. Je pense à la Grèce, mais aussi au Portugal, à l'Irlande, et peut-être même l'Espagne.

C'est une prédiction sérieuse ?

Pour les Grecs, assurément. Le pire est le problème du renouvellement de la dette qui arrive à terme. Il leur faudra réemprunter beaucoup entre 2012 et 2014. On multiplie donc les plans de prétendu sauvetage, alors qu'en vérité on alourdit encore leur dette en pourcentage du revenu national. Et les plans d'austérité contractent davantage l'activité écono mique, si bien que le rapport de la dette à la capacité de remboursement augmente au lieu de se réduire. Chaque prêt aggrave leur problème. D'où les réactions de rue à Athènes ou à Madrid. Pour s'en sortir, ils ne pourront que renoncer à rembourser une partie de la dette et dévaluer, c'est-à-dire sortir de l'euro.

Et nous ?

Seuls les pays les moins pénalisés par la monnaie forte pourraient rester dans l'euro: l'Allemagne et ses voisins, les Pays-Bas, l'Autriche. Si les moins bons débiteurs sortent, les marchés internationaux auront davantage confiance dans la monnaie unique. Je doute alors que l'on puisse obtenir une dévaluation importante de l'euro, comme je le souhaite. Or, à supposer que l'euro monte encore, la France devrait alors recourir à une dévaluation majeure qui augmenterait beaucoup sa dette externe. D'où la nécessité d'envisager une rapide sortie. Entre 2012 et 2014, nous allons vivre une phase critique. Si les pays du Sud sortent de la zone euro avant la France, ce sera mauvais pour nous.

Le cartel multinational de l'euro ne durera pas, la guerre de sécession a déjà commencé, dites-vous...

Oui, pour toutes les raisons évoquées précédemment: un ensemble de pays pour lesquels une monnaie unique n'est pas un élément positif peut malgré tout fonctionner s'il dispose d'un Etat central et de finances publiques fédérales, comme aux Etats-Unis. C'est ce qu'avaient en tête les partisans de l'euro qui voulaient construire un super-Etat continental. Malheureusement cette erreur de stratégie, historique, a produit des conséquences économiques désastreuses. On s'est engagé dans la voie conduisant à la centralisation pour s'apercevoir finalement qu'elle était impraticable du fait des disparités entre pays. La guerre de sécession a donc commencé.

Elle n'oppose pas uniquement des Etats entre eux, mais des populations soucieuses de leur niveau de vie, d'une part, et des Trésors publics, grandes banques et grandes entreprises, d'autre part, qui entendent défendre jusqu'au bout leur avantage d'emprunteurs et leurs cartels intra-européens. Cette guerre ne s'arrêtera qu'avec la dissolution de l'euro. Catastrophe économique oblige : le mouvement est amorcé.

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 14:55

Une récente tribune publiée sur Lemonde.fr défend l'idée qu'une sortie de l'euro engendrerait un cataclysme financier pour les entreprises. Il y est en effet écrit que l'endettement des entrprises exploserait du fait du renchérissement de leur dette extérieure, conduisant ainsi à la pire crise financière que la planète ait connue.

La part des dettes des entreprises financières et non-financières en droit étranger ou non-reconvertibles n'est pas de 70% mais de 33%.

Les auteurs donnent tout d'abord raison dans un premier temps à l'existence de la Lex monetae (« Prise de dette sur la sortie de l’euro »), c'est-à-dire au fait que la dette publique française serait reconvertie en nouvelle monnaie nationale en cas de sortie de la France de l'euro.

Puis, ils étudient l'endettement privé. Il est vrai que la dette privée des entreprises financières et non financières est peu souvent abordée.

Mais, contrairement à ce que soutiennent ces économistes, la part des dettes des entreprises financières et non-financières en droit étranger ou non-reconvertibles n'est pas de 70% mais de 33%, ce qui relativise beaucoup de choses. Ce résultat provient d'une longue étude réalisée par Jens Nordvig, économiste en chef de la section « taux de change » de la banque Nomura, essayant d'évaluer les risques financiers en cas de sortie ou dissolution de l'euro (Jens Nordvig , Nick Firoozye , « Rethinking the European monetary union », 2012).

 PERTES DE 100 MILLIARDS D'EUROS

Ainsi, en faisant l'hypothèse que les contrats privés de droit étrangers ne sont pas re-libellés en nouvelle monnaie nationale par les juridictions étrangères, et en cas de dévaluation de 20%, les « pertes » pour les entreprises se monteraient à environ l'équivalent de 100 milliards d'euros (et non 200 comme annoncé).

Cependant, c'est faire fi de plusieurs éléments non-mentionnés :

1/ Le bilan d'une entreprise est composé d'un passif (la dette), mais également d'un actif (les créances). Or, si l'on s'attarde sur la position nette (actif –passif), on s'aperçoit qu'en ce qui concerne les contrats de dette et de créance en droit étranger, elle est largement positive (+13% du produit intérieur brut français selon J.Nordvig). En clair, d'après Jens Nordvig, si on sortait de l'euro, les pertes au passif des entreprises seraient plus que compensées par les gains à l'actif ! Voilà de quoi dissoudre la vision apocalyptique dessinée.

2/ Qui peut croire un seul instant qu'une telle sortie ne se ferait pas de manière négociée, ni concertée ? Comme si les autres pays accepteraient une perte sur leurs actifs sans prévoir d'aides ou de mécanisme de solidarité ? Qui peutpenser encore, qu'en cas de sortie de la France, d'autres pays ne suivraient pas (ItalieEspagneGrècePortugal…) voyant la première dévaluer et regagner en compétitivité ? Qui peut croire finalement que la monnaie unique existerait encore si la France et tous ces pays décidaient d'en sortir ? Auquel cas, l'euro, n'existant plus, la question deviendrait caduque au sens juridique du terme.

SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE

3/ Il est tout à fait possible que les tribunaux étrangers fassent jouer la Lex monetae(c'est d'ailleurs une obligation de droit international (loi de police) comme rappelé ici sur les contrats étrangers (petit exercice de fiction : si on sort de l’euro, la dette publique augmentera-t-elle ?).

4/ Que s'est-il passé lorsque l'euro s'est brusquement déprécié en début des années 2000 ? La France était-elle dans un trou noir, ou bien traversait-elle ses plus belles années économiques depuis des lustres ? Comment le Japon a-t-il pu survivre à la dépréciation de son yen de 25% en 2013 ? Comment le Royaume-Uni a-t-il fait pour rester debout après la dévaluation de sa monnaie de 20% après la crise ? Les entreprises ont-elles toutes été terrassées par le renchérissement de leurs dettes ? La réponse est évidemment non.

Bizarrement, ces éventualités ne sont pas abordées, pas plus que le fait, pour un pays retrouvant sa souveraineté monétaire, de disposer de sa banque centrale et d'ainsi limiter les prétendus dégâts engendrés par une dévaluation (http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/non-monsieur-wauquiez-la-150637).

Aloïs Navarro, étudiant en droit et économie, est aussi trésorier du Collectif Marianne, proche du Rassemblement Bleu Marine.

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 13:40
  • Atlantico, un vent nouveau sur l'info
  • Au cours des 5 années qui ont suivi le premier trimestre 2008, l'économie allemande a capté la majeure partie de la croissance européenne. Une situation qui doit plus à l’iniquité des conditions macroéconomiques de la zone euro qu'à une prétendue supériorité du modèle allemand.
    Le grand hold-up : comment l’Allemagne a capté 89% de la croissance européenne sur les 5 dernières années (et pas seulement grâce à ses mérites)
  • L’Allemagne a capté 89% de la croissance européenne depuis 2008
  • La mise en place des réformes de flexibilisation du marché du travail et le modèle économique allemand en sont la cause : le pays surfe sur la croissance hors zone euro.
  • Le marché intérieur européen est dévasté par les erreurs commises par la BCE, qui ne voit pas le problème. L’Allemagne non plus, puisqu’elle n’en a pas besoin.
  • Pour les pays qui ont un modèle tourné vers le marché intérieur européen, la crise perdure.

Le lundi 4 août 2014, le journal Le Monde rapportait les propos de François Hollande "Nous ne sollicitons pas de l'Allemagne une quelconque indulgence, mais nous lui demandons un soutien plus ferme à la croissance" (lire ici, édition abonnée).

  La porte-parole du gouvernement d’Angela Merkel ; Christiane Wirtz, s’était alors empressée de répondre au Président Français :

"Les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique"(…)"L'Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même, pour la conjoncture de la zone euro". Le fait est que depuis l’entrée en crise, l’Allemagne n’en finit plus de provoquer soit un sentiment de crispation soit un sentiment d’admiration. Deux visions s’opposent, l’Allemagne est-elle une locomotive ou un frein à la croissance européenne?

Cette question est légitime. Car l’Allemagne est bel et bien devenue l’aspirateur de la croissance européenne. Sur les 5 dernières années, 89.15% de la croissance de la zone euro a été captée par ce seul pays. Et ce, alors même que son économie ne représente que 28.5% du poids économique de l’ensemble. Le déséquilibre est à ce point massif qu’il en est évidemment insoutenable. Ainsi, lorsque l’Allemagne se refuse à "un soutien plus ferme à la croissance" il y a bien une raison : elle n’en a tout simplement pas besoin. En termes de croissance, elle a déjà ce qu’il faut.

% de la croissance de la zone euro (prix courants) captée par l’économie Allemande. Lissée sur 5 ans.

Alors que l’économie d’outre-Rhin bénéficiait d’environ 20% de la croissance européenne avant crise, ce qui est en fait plutôt faible en considération de son poids économique (28%), elle est aujourd’hui en situation de quasi-monopole. Alors comment l’Allemagne a-t-elle fait pour en arriver là ?

D’abord ce qu’elle a bien fait : la flexibilisation du marché du travail. Lorsque la crise frappe le plus durement entre 2008 et 2009, les employeurs allemands ne licencient pas car ils ont la possibilité de réduire le nombre d’heures travaillées de leurs salariés. Ces derniers gardent leur emploi et devront adapter leurs heures de travail en fonction de la demande. Le résultat est que le taux de chômage n’est pas touché et les dépenses d’assurance chômage sont contenues. A l’inverse, privés d’une telle flexibilité les autres pays européens vont se retrouver dans des processus de forte hausse du taux de chômage venant impacter négativement les dépenses de consommation, et positivement les dépenses publiques. Celles-ci devront alors être compensées par des hausses d’impôts ou des réductions de dépenses des administrations ayant également un effet récessif.


Puis, le coup de bol. L’Allemagne est une économie puissamment tournée vers l’exportation (50% du du PIB). Et entre le creux de la crise (2009) et 2013, celles-ci vont progresser de 37% sous l’effet des plans de relance chinois, américains, britanniques qui vont tous participer au rétablissement des ventes du pays. Sans la mise en place de tels plans, le modèle mercantiliste allemand avait du souci à se faire.

Une réforme salvatrice, un modèle adapté au contexte économique du moment, l’économie allemande passe à travers les gouttes de la crise.

Face à une telle réussite, il devient improbable de contester quoi que ce soit. Si près de 90% de la croissance va à l’Allemagne, c’est qu’elle a fait les efforts nécessaires pour y parvenir et qu’il est légitime qu’elle en perçoive les fruits. La débâcle des autres pays ne serait alors que la conséquence de leur propre médiocrité économique, et politique.

Mais une telle affirmation cache une autre réalité. Si l’Allemagne a pu redresser rapidement son économie, c’est qu’elle ne dépendait pas du marché intérieur européen. En effet, alors que les exportations allemandes hors zone euro ont progressé de 28% entre 2008 et 2013, les exportations intra zone euro ont parfaitement stagné (elles ont baissé de 0.006% pour être précis). A l’inverse, pour un pays comme la France qui repose principalement sur son marché intérieur (ce qui correspond au modèle américain), un tel contexte est une promesse de stagnation. Car le marché intérieur européen a été brisé. Afin de constater cet état de fait, il suffit de mesurer le taux de croissance nominale de la zone euro sur 5 ans (pour garder une cohérence avec la graphique précédent).

Croissance nominale de la zone euro sur 5 ans. En %.

Avant la crise, 5 années passées correspondaient à 20-25% de croissance nominale (la croissance additionnée de l’inflation) pour l’ensemble de la zone euro. Mais pour les 5 dernières années (2008-2013) le total n’est que de 3%.

Et ce qui est essentiel ici c’est que la "croissance nominale" (croissance + inflation) est sous contrôle total de la BCE. C’est-à-dire que l’effondrement de cette variable au cours des cinq dernières années ne peut être interprété que comme un choix délibéré ou comme le résultat d’une formidable incompétence de l’autorité monétaire (Il est probable que ce soit les deux). Car précisément, le rôle d’une banque centrale est de stabiliser cette variable. Mais le résultat est le même ; le marché intérieur européen est martyrisé.

Pour résumer, la situation de la zone euro est simple : L’économie allemande n’a pas eu besoin du marché intérieur européen pour sortir de la crise. Tant mieux pour elle. Tant pis pour les autres. Ainsi lorsque l’Allemagne se cabre face à la volonté de relancer la demande intérieure européenne par la voie de la BCE, elle prive les autres pays de toute capacité de rebond.

Il n’est pas nécessaire d’en rajouter beaucoup plus. La survenance du choc asymétrique a eu lieu. La répartition des niveaux de croissance au sein de la zone en atteste :

Part de croissance par pays. Zone Euro. Lissée sur 5 ans.

 

Et lorsque le partage de la croissance européenne ressemble à un poireau, faute de pouvoir contrer ce choc "asymétrique", il est peut-être temps de réagir. Lorsque l’Allemagne soutient la BCE dans son orthodoxie alors qu’elle capte 90% de la croissance depuis les 5 dernières années, il est peut-être temps de réagir. Car pour réagir il suffit d’imposer à la Banque centrale européenne de suivre l’intérêt général européen en stimulant son marché intérieur, c’est-à-dire de rétablir les niveaux de croissance nominale d’avant crise. Puisqu’il s’agit bien là de sa fonction et surtout de son pouvoir.

Cette situation économique rappelle les propos de Milton Friedman, dans une interview donnée à la Hoover Institution en 1999 :

Epstein : Pensez-vous que l’union monétaire européenne sera un succès ?

Friedman : Je l’espère, mais je suis sceptique.

Epstein : Pourquoi ?

Friedman : Parce que l’Union européenne n’est pas une zone appropriée pour une monnaie unique. Il peut y avoir des situations où une monnaie unique est désirable et des situations ou ce n’est pas le cas. Cela est désirable lorsque vous avez des pays qui parlent la même langue, lorsque des mouvements de population ont lieu entre les pays, lorsque des systèmes d’ajustement existent pour contrer des effets asymétriques sur les différents pays. Les Etats-Unis sont une bonne zone pour une monnaie unique, pour toutes ces raisons.

Mais l’Europe est à l’opposé de tout cela. Ses habitants ne parlent pas la même langue et ont différentes coutumes. La mobilité est réduite entre les pays. Le taux de change de ces différents pays était un mécanisme par lequel ils pouvaient s’ajuster face à des chocs qui les touchaient de façon asymétrique. En fait, les Européens ont fait le pari de jeter ce mécanisme d’ajustement par la fenêtre. Mais au final, je pense que cela sera une grande source de problèmes.

Epstein : Quels genres de problèmes ?

Friedman : Les problèmes ne se poseront pas pour tout le monde. Certains seront affectés par des situations qui étaient réglées auparavant par des dévaluations. Mais en raison du fait qu’ils sont bloqués dans un système de monnaie unique, l’alternative sera une récession. 

 

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 12:20

Le salaire moyen net dans le secteur privé grec  s'est élevé à 817 euros par mois en 2013, soit 20% de moins qu'en 2009, au début de la crise économique et sociale qui a frappé le pays, selon des chiffres de la principale caisse d'assurance sociale publiés dimanche par le quotidien Kathimerini.

En 2009, la salaire net moyen atteignait 1.014 euros.
Selon les données de l'IKA, qui regroupe la majorité des assurés sociaux du privé, quatre salariés sur dix (39,2%) a touché en 2013 moins de 750 euros bruts par mois (environ 630 euros nets) dont 23,2% a touché moins de 500 euros bruts.
Plus de la moitié (53,7%) a touché moins de 1.000 euros bruts (environ 820 euros nets).

Le nombre de gros salaires en hausse

Dans le même temps, le nombre de salariés touchant plus de 4.000 euros (3% du total des salariés) a augmenté de 56% entre 2012 et 2013.

En deux ans, le nombre de salariés à temps partiel a augmenté de 41%. Ils représentaient près d'un quart des salariés en 2013.
Plombée par sa dette publique, la Grèce s'efforce laborieusement de sortir de la crise en appliquant depuis 2010 un plan draconien d'austérité dicté par l'UE et le FMI, en contrepartie de son renflouement.

Ces mesures ont considérablement réduit le niveau de vie de toutes les catégories de la population: fonctionnaires, salariés, commerçants, retraités.

Le salaire minimum, raboté à plusieurs reprises, est gelé jusqu'en 2016 à 580 euros par mois et 511 euros pour les moins de 25 ans.

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 12:03

Atlantico, un vent nouveau sur l'info

Le taux de croissance annuelle de l'indice des prix flirte avec la barre des 0 %, et la production industrielle a chuté de 3,7 % entre mai 2013 et mai 2014. La France est au bord de la déflation et la dynamique actuelle pousse à craindre le pire.

Pourquoi la France sera en déflation fin juillet (et ce que ça signifie concrètement pour nous)

Atlantico : En juin 2014, le taux de croissance annuelle de l'indice des prix à la consommation (IPC) a chuté à 0,5 %. En baisse constante, il semble se rapprocher un peu plus du seuil de 0 % synonyme de début de déflation. La France va-t-elle connaître une période de déflation cet été ?

Charles Gave : Pour un économiste, déflation ne veut pas dire baisse des prix, mais baisse de la masse monétaire. Il y a deux entités dans le système qui peuvent créer de la monnaie, la banque centrale (le secteur public) et les banques commerciales (le secteur privé), en octroyant des prêts. Un certain nombre de ces prêts peuvent ne pas être remboursés et donc les banques commerciales doivent avoir un capital qui garantit aux déposants que leurs dépôts (les comptes courants des lecteurs) ne sont pas en danger.

 

 

Il est d’usage que les banques prêtent au maximum 12 fois leurs fonds propres, c'est-à-dire leur capital.

Ce qui se passe aujourd’hui est assez simple. Bien des banques ont fait des grosses bêtises dans les années 2000 et ont prêté jusqu'à 30 fois leurs fonds propres et se retrouvent donc dans une situation périlleuse, et ce d’autant plus que les autorités de contrôle ont terriblement durci leur politique.

Ce qui veut dire en termes simples que ces banques ne peuvent plus accorder de nouveaux prêts et sont obligées de rappeler toute une série de prêts anciens. Les banques doivent réduire la taille de leurs bilans.

De ce fait, l’offre de crédit s’effondre et avec cet effondrement, la masse monétaire baisse.

Une baisse de la masse monétaire est pour ainsi dire toujours suivie d’une baisse des prix, ce que l’on appelle en langage courant, et faussement, une déflation. La France est en déflation (baisse de la masse monétaire depuis un certain temps déjà) et une baisse des prix est donc inévitable.

Déjà, le prix des produits industriels est en baisse en Allemagne, en France, en Italie et bientôt les prix de détail vont suivre.   

      

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Si la France devait entrer en déflation, quelles seraient concrètement les conséquences à court, et à plus long terme si cette situation devenait durable ?

En déflation, les taux d’intérêt nominaux sont très bas (0 %), et donc "servir" sa dette n’est pas difficile. Par contre, rembourser le principal est presque impossible puisque la valeur de ce capital monte a due concurrence de la baisse des prix.

Si les prix baissent de 50%, la valeur de mon capital à rembourser va doubler en termes de pouvoir d’achat. Si entre temps, mon salaire a baissé de moitié, je ne pourrai pas rembourser le capital, ce qui mettra la banque qui m’a prêté l’argent dans une situation très difficile.      

Quels seraient les secteurs les plus touchés par une situation de déflation ? Existe-t-il ainsi des agents économiques (entreprises ou salariés) plus vulnérables à ce phénomène ?

Dans les périodes de baisse des prix, toutes les sociétés qui vendent des produits "inélastiques par rapport aux prix" souffrent mille morts. Je m’explique.

Si le prix du pain baisse, personne n’achète  deux ficelles a la place d’une. La demande de pain est donc inélastique par rapport aux prix. Par contre si le prix d’un "Ipad" baisse de 50 %, la demande va quadrupler. L’Ipad est très élastique par rapport aux prix.

Le boulanger va donc se retrouver avec un chiffre d’affaires en baisse alors même que les salaires, les impôts, l’électricité etc. ne vont pas baisser ou vont baisser avec beaucoup de retard. Sa marge va donc s’effondrer et la probabilité qu’il fasse faillite va augmenter considérablement.

En ce qui concerne les salariés , les fonctionnaires qui ne peuvent être licenciés sont les grands gagnants, puisque leur pouvoir d’achat monte, les perdants étant les employés de mon boulanger

Mais la vraie victime en cas de déflation est la banque. Tous ceux qui peuvent rembourser leurs prêts le font, ce qui laisse la banque avec tous les mauvais emprunteurs. Les banques deviennent donc les camions poubelles où s’entassent tous les mauvais payeurs, ce qui les empêche de prêter a ceux qui pourraient les rembourser et donc entretient la déflation, ce qui nourrit la baisse des prix.

De même, la valeur de la dette étatique monte, ce qui rend son financement de moins en moins rentable et de plus en plus en plus difficile, une partie de plus en plus importante des impôts devant être consacrée au service et au remboursement de la dette. Si cette dette est détenue par des nationaux, cela correspond a un transfert de richesse des emprunteurs vers les détenteurs d’obligation. Si elle est détenue a l’étranger, alors le niveau de vie doit s’effondrer. 95% de la dette japonaise est détenue par les Japonais. Par contre 65% de la dette française est détenue par des étrangers. Le niveau de vie du Français moyen va donc s’effondrer en cas de déflation, comme on l’a vu en Grèce ou en Espagne. La seule porte de sortie serait de quitter l’euro puisque la dette française est libellée dans la monnaie de l’Etat souverain français, aujourd’hui l’euro, demain le Franc à nouveau ?

La chute de l'inflation continue malgré un taux directeur de la BCE très bas. Qu'est-ce qui est responsable de ce rapprochement constant du seuil d'alerte que rien ne semble arrêter ?

Ce qui entretient la baisse des prix, c’est l’effondrement du crédit, c'est-à-dire la baisse de la monnaie créée par le secteur privé. Si les prix baissent de 3%, des taux d’intérêt a zéro sont en fait à 3% en termes réels et donc sont très supérieurs au taux de croissance des chiffres d’affaires des sociétés du secteur privé. Il faut être idiot pour emprunter a zéro et investir a -3 %

La grande leçon des périodes déflationnistes a été exprimée il ya bien longtemps par la sagesse populaire : "qui paye ses dettes s'enrichit". 

Si les taux directeurs de la banque centrale ne parviennent pas à inverser la tendance, qu'est-ce qui pourrait rapidement inverser la tendance désinflationniste et le risque de déflation à court terme ?

Nationaliser les banques, mettre leurs dirigeants en prison, sortir de l’euro. revenir a des prix de marché pour les taux d’intérêt et les taux de change, couper les dépenses publiques de 40%, privatiser les secteurs ou l’Etat n’a rien à faire, baisser le taux marginal d’imposition. C’est ce qu’ont fait la Suède en 1992 et le Canada en 1994. C’est ce que va proposer monsieur Montebourg sans aucun doute...

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Julien DUFOUR,

Chargé de Mission du FN 92,

Secrétaire du FN-RBM de Boulogne-Billancourt,

 

 

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31 janvier, 15h00

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Invité d'Honneur: David Rachline,

-Sénateur du Var,

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David Rachline, Sénateur-Maire de Fréjus, invité d'Honneur de la Galette du FN 92, le 31 janvier 2016 à Boulogne-Billancourt.

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